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« Parole aux acteurs de l’économie du partage pour repenser nos métiers » : retour sur la 2ème table ronde des Rencontres Aesio

2ème table ronde des Rencontres Aesio :
« Parole aux acteurs de l’économie du partage pour repenser nos métiers »

 

Après une première partie consacrée aux correspondances entre l’économie du partage et le mutualisme, ainsi qu’aux bouleversements pour notre modèle induits par les rapides évolutions de notre société, la deuxième table ronde a donné la parole aux acteurs de l’économie du partage pour repenser nos métiers.

Le débat était animé par Emmanuel Roux, Directeur général du Groupe AESIO. Etaient réunis :

  • Nicolas Colin, Co-fondateur de The Family ;
  • Martine Carlu, Directrice de la Business Unit « Santé – Bien Vivre » chez Intermutuelle Assistance ;
  • Alexandre Plé, Fondateur de UmanLife ;
  • et Edwin Mootoosamy, Membre du collectif OuiShare.

Photo article AESIO UNION - Photo TR 2

La finalité de ces échanges était de parvenir à récolter des retours d’expériences et à s’inspirer d’initiatives liées à l’économie du partage, pour en tirer des enseignements bénéfiques au modèle mutualiste.

Au fil des discussions, la principale leçon qui a émergé porte sur le besoin, pour les mutuelles comme les grandes entreprises et autres acteurs économiques « traditionnels », de mieux prendre en compte les évolutions rapides que connaît la société, notamment en lien avec la révolution numérique.

Changer les postures internes au sein de l’entreprise

Pour cela, en premier lieu, « il faut être capable de faire changer les postures en interne, en s’ouvrant à d’autres manières de penser » (Martine Carlu). Cela peut passer, notamment, par l’organisation d’évènements avec les collaborateurs : c’est ce qu’a pu faire, par exemple, Intermutuelle Assistance (IMA) en organisant un « hackaton » sur le thème « IMA n’existe plus, vous êtes IMA ».

S’ancrer dans un écosystème ouvert

Cependant, au-delà des actions en internes, il est également nécessaire de s’inspirer du monde des start-ups pour être davantage à l’écoute du monde extérieur.

En effet, selon Edwin Mootoosamy, « une entreprise consiste avant tout en un ancrage dans un écosystème, avec une porosité, une démarche ouverte. Il faut développer cette porosité pour pouvoir appréhender les évolutions de l’écosystème. » Et au sein de cet écosystème, explique Martine Carlu, les collaborateurs peuvent devenir de véritables « instruments de veille » en restant en permanence à l’écoute du monde extérieur : « une entreprise n’est pas, ou ne doit pas être, une « boite » » ! Comme le souligne Alexandre Plé, « nous sommes dans une société de la demande plutôt que de l’offre ». Et dans ce contexte, le numérique se révèle un outil indispensable : « il permet d’écouter plus efficacement la demande : qu’elle vienne de l’adhérent, du patient, du client, etc. »

Favoriser la co-construction

« Comment, plus précisément, faire émerger les besoins dans une démarche de co-construction avec ceux qui utilisent les services ? » questionne Emmanuel Roux. Sur ce point, les mutuelles peuvent s’inspirer des méthodes expérimentales employées par les start-ups. Nicolas Colin en fournit l’illustration : « sur 100 utilisateurs, une bonne méthode de développement consiste à, après avoir écarté les 2 ou 3 qui ne seront de toute façon jamais satisfaits, standardiser l’expérience au niveau d’exigence du groupe le plus exigeant. » Les mutuelles doivent être dans une démarche itérative, expérimenter, en organisant une « confrontation » permanente de l’offre avec la demande : c’est comme cela que les start-ups parviennent à répondre aux besoins des usagers tout en trouvant le meilleur modèle économique.

Se réinventer sans oublier la spécificité du mutualisme

A cet égard, le modèle mutualiste ne doit pas pour autant oublier ses spécificités propres. Comme le rappelle Martine Carlu, « arrêtons la course au moins cher pour sortir de la seule relation financière en apportant autre chose. » Là-dessus, « les mutuelles disposent d’un avantage certain : un maillage territorial fort ainsi qu’une gouvernance collaborative » (Edwin Mootoosamy). La proximité des mutuelles avec leurs adhérents doit être valorisée et favorisée : elle correspond précisément aux attentes de l’époque.

Comment les mutuelles peuvent-elles se réinventer ?

Le mutualisme doit se nourrir des forces de l’économie collaborative.

Tout d’abord, Edwin Mootoosamy souligne l’intéressante capacité de l’économie collaborative à « se confronter perpétuellement avec les attentes des usagers ». Le représentant de Oui Share rappelle que « l’économie collaborative réduit les zones de frictions afin de connaître les besoins des usagers ». À ce titre, il cite l’exemple d’Amazon premium qui efface toute « friction possible liée à la livraison pour mieux récupérer le besoin-envie de tel ou tel produit. »

Nicolas Colin rappelle également que « l’économie collaborative c’est « la recherche permanente de croissance pour ne pas rester « prisonnier » des clients que l’on sert déjà. » Il faut donc explorer en permanence de nouveaux marchés et de nouvelles cibles clients pour pouvoir se renouveller et répondre à leurs attentes.

Ainsi, nos intervenants ont souligné l’importance pour les mutuelles de cultiver une forme de connexion aux marchés et développer leur proximité avec leurs adhérents. Nicolas Colin rappelle toute l’importance de « ne pas se désensibiliser du marché en multipliant les intermédiaires. » Il faut en effet, « rester en prise direct avec les besoins des usagers pour répondre avec pertinence à leurs attente».

Edwin Mootoosamy a souligné toute la qualité du maillage territorial des mutualistes tout en rappelant qu’il est crucial que le mutualisme le valorise mieux et plus efficacement.

Le mutualisme doit mieux faire valoir sa valeur d’usage auprès du public et de ses adhérents. A ce titre, le représentant de Oui Share précise « si les adhérents ne la perçoivent pas ou peu, il n’ont pas d’intérêt à s’intéresser à ce modèle pourtant riche en terme d’offres et de valeurs. »

C’est la conclusion que Patrick Brothier, Président d’Adréa mutuelle, Vice-Président du Groupe AESIO et Grand Témoin du mutualisme, a pu tirer des échanges : « notre défi est de nous réinventer, nous mutualistes, dans le champ de la santé et dans celui des besoins de l’adhérent ».