Economie collaborative

L’économie collaborative et le mutualisme partagent le même ADN.

 Le système de l’économie collaborative, comme modèle de production de services et de biens, trouve mille définitions et est au cœur des débats, entre louanges et controverses.

On prête les appellations  « sharing economy »,  « peer to peer », « collaboratif » à de multiples activités très diverses et ce, parce qu’elles mettent directement en relation entre consommateur et producteur ou qu’elles déclinent via des plates-formes des systèmes de partage plus ou moins aboutis…

Alors comment définir cette « économie collaborative » fréquemment présentée comme un modèle économique et sociétal révolutionnaire?

Certains, comme Michel Bauwens, l’assimilent à une économie du partage, dite du « pair à pair » où les individus s’auto organisent pour créer du bien commun, une économie post-capitalistique, investie d’un « potentiel émancipateur ». Dès lors, des entreprises telles qu’UBER et AIR BNB, souvent critiquées pour leur tendance à ne profiter qu’à certains maillons de la chaîne, ne relèveraient absolument pas de l’économie collaborative. D’autres, comme Antonin Léonard, co-fondateur du collectif OuiShare, préfère donner une définition pragmatique du mouvement, « derrière la bannière de l’économie collaborative, on peut mettre pleins de choses qui ont pour objectif de faire bouger la société. La plupart de ces expériences ne sont pas rentables, on ignore où va réellement la valeur économique ou sociale que l’on crée, mais on essaie de voir dans quelle direction ça va partir ». Anne-Sophie Novel et Stéphane Riot définissent l’économie collaborative comme « basée sur la mutualisation en réseaux des ressources possédées par chacun ».

Ce qui est sur, selon Nicolas Colin, fondateur de The Family, c’est que l’économie collaborative est « une innovation radicale, grâce à laquelle l’activité autonome d’un grand nombre d’individus est coordonnée ». Il prolonge d’ailleurs sa pensée en soutenant que l’économie collaborative, directement issue du développement de l’économie numérique, ne serait qu’une « simple réédition du mouvement mutualiste de la fin du XIXème siècle, grâce auxquels les individus ont pu s’entraider et se couvrir mutuellement contre les risques les plus critiques de l’existence ». Thierry Baudet, Président de la Mutualité Française, s’est d’ailleurs récemment exprimé sur le sujet, faisant valoir toute la « modernité du modèle mutualiste ».

En effet, en y regardant de plus près, l’économie collaborative promeut des valeurs telles que le partage, la participation à la vie de la communauté, pratiques inhérentes à l’un des acteurs majeurs de la protection sociale en France qu’est le mutualisme. Si le partage est la clef d’une société innovante, juste et d’avenir, alors le mutualisme en est la figure de proue. Et en effet, selon plusieurs penseurs, nous assistons donc actuellement avec l’épanouissement de l’économie collaborative, à une résurgence du mutualisme.

Selon le Larousse, le « mutualisme » est un système de solidarité entre les membres d’un groupe, à base d’entraide mutuelle. D’ailleurs, à l’origine, le mutualisme a été créé pour protéger les individus contre les risques les plus graves qu’ils pouvaient rencontrer: les maladies, les accidents du travail, la perte des récoltes…  Selon Nicolas Colin, l’économie collaborative est une manière de généraliser le mutualisme, en proposant une protection contre tous les risques de l’existence et ce, sans exception. Cette dernière nous offrirait une protection contre le fait de ne pas avoir d’appartement pour partir en vacances, de ne pas savoir conduire et de ne pas avoir de voiture…

Le mutualisme et l’économie collaborative partagent donc plusieurs aspects, tel que leur fonctionnement, principalement basé sur l’interaction P2P (peer to peer). Si l’économie est animée par des « réseaux et des business models basés sur des réseaux horizontaux » où la construction est collective pour produire ou échange entre parties égales, le mutualisme est également une activité où différentes personnes s’organisent de manière autonome autour d’une activité mutuelle où elles ont un rôle égal à laquelle elles choisissent de participer pour se couvrir d’un risque.

Comme le mutualisme, où les membres de la communauté doivent participer à la gouvernance de la mutuelle, les contributeurs de l’économie collaborative interagissent au sein du groupe. Cependant, il est intéressant de noter que si la participation est obligatoire au niveau de la gouvernance pour le mutualisme, dans l’économie collaborative cela pourrait ne pas être le cas. En effet, la participation peut se limiter à des interactions de pair-à-pair entre les différents membres sans que cela n’implique une prise de décision stratégique liée à la gouvernance.

De plus, dans les deux cas que sont le mutualisme et l’économie collaborative, on retrouve une alternative à la propriété privée classique et exclusive, car les membres de la communauté mettent en commun une ressource à laquelle ils accèdent et contribuent selon différents droits distribués entre eux. On est donc loin d’une logique de marché traditionnelle.

Toutes les valeurs partagées par ces 2 mouvements, telles que l’humain, l’engagement, la solidarité et l’égalité, illustrent que l’économie collaborative et le mutualisme partagent les mêmes gènes.

L’ère du numérique dans laquelle nous sommes plongés rend possible ce développement du mutualisme dans chaque filière de notre économie. Nous avions commencé le mutualisme traditionnel qui permet de couvrir des risques « primaires » tels que la maladie, or désormais il est très facile de couvrir tous les risques, même les plus minimes. Ce développement à grande échelle, dans tous les champs de produits et services (Uber, Blablacar, Airbnb, Lending club) donne lieu à des enjeux assurantiels sans précèdent qui doivent interpeller le mutualisme en tant qu’acteur majeur du marché de l’assurance, partageant les mêmes valeurs que l’économie collaborative. Et si, l’économie collaborative, elle même inspirée du mutualisme, était une voie prometteuse pour que ce dernier innove et puisse faire face aux défis majeurs auxquels il est aujourd’hui confronté ? L’économie collaborative doit être au cœur du développement du futur du mutualisme.